monde blanc
il était une fois un conte
la prose comme idéal poétique
la grille textuelle comme contrainte
appel à projets
interdisciplinarité toujours obscène

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Il était une fois un monde blanc, un monde, où tout était blanc.

Le ciel, par exemple, était un grand drap blanc très haut au dessus des têtes. On pouvait y voir le soleil, qui ressemblait à une assiette, et tout autour quelques nuages, comme de belles tâches de lait. Oui, très haut, au dessus des têtes, le ciel était un grand drap blanc au travers duquel le soleil éclairait la terre.

C'était un monde blanc, un monde où tout était blanc. Tout y avait la couleur du blanc, la couleur des blancs nuages et des draps blancs des lits : comme si les montagnes étaient faites de grains de riz et les cailloux de mie de pain.

La mer était un lac de lait.

Les gens qui vivaient là étaient blancs, blancs comme des images, habitant des maisons toutes blanches, du sol au plafond. Ils avaient des cheveux de neige et buvaient de grands verres d'eau blanche ou mangeaient de beaux fruits bien blancs.

Ils avaient la vie blanche des gens bons, lents, aimables, naturels et cultivés de ce temps là. Les enfants apprenaient à lire des mots écrits à la craie blanche sur les tableaux blancs des écoles. Et lorsqu'ils s'endormaient, le soir venu, dans la nuit blanche, ils rêvaient à un monde encore plus beau, encore plus lumineux, encore plus amusant, encore plus noble ou encore plus charmant que leur merveilleux monde blanc.

Tout, tout, tout était blanc dans ce monde : le sel, le sucre et les dents blanches, bien sûr, les défenses d'éléphants, et encore plus sûrement les feuilles blanches de papier, ou les murs peints en blanc, c'est évident. Mais, par exemple, le sucre roux, était blanc. Et d'une blancheur impeccable, les défenses un peu jaunies des vieux éléphants (qui n'étaient pas gris). De même les endives: entièrement blanches, sans aucune trace de verdure. Alors passe encore pour les endives, mais la salade : blanche comme trempée dans du lait, et jusqu'aux épinards, avec ou sans crème fraîche. Et ainsi pour tous les aliments, y compris les tomates, blanches, ou la viande rouge, blanche également.

Cela n'allait pas sans poser quelques problèmes aux écoliers, bien obligés d'apprendre par coeur les couleurs du monde. Et les leçons de mots et de choses s'augmentaient en difficulté des couleurs qu'il fallait bien leur connaître. Qu'est ce que ceci ? demandait l'enfant, et on lui répondait par exemple : ceci est une cerise, mais toujours on précisait : rouge. Bref, à dix ans, les meilleurs élèves croyaient l'herbe verte, les roses roses et les oranges orange, sans en avoir jamais observé les couleurs.

L'étude du noir, du blanc, et de la transparence était réservée aux grandes classes, mais il faut bien avouer que les plus savants professeurs de ce temps hésitaient quelquefois sur ces questions difficiles, se disputaient beaucoup, de sorte qu'un certain mystère, finalement demeurait, tant tout était blanc dans ce monde, même la nuit, les ombres et les encres...

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