Il y a un peu plus de deux siècles, la Nation française confiait son destin à la République. Il semble qu'aujourd'hui l'Europe veuille le lui confisquer...
Note : Il faut balayer cette soi-disant logique d'échelle, selon laquelle, afin de traiter les problèmes des citoyens et du monde, la taille du continent serait préférable à celle du pays. D'une part en effet, les citoyens sont déjà bien loin du centre politique des choses, et passer à l'échelle supérieure les en éloignerait encore plus. Aurions nous pris la Bastille à Bruxelles ? La reprendrions nous à Berlin ? D'autre part, la planète-monde est, par définition, le seul cadre possible, pour envisager les problématiques ... mondiales. Le cadre continental ne serait-il pas, lui, toujours-déjà dépassé en matière environnementale ? Commerciale ? Migratoire ? Par ailleurs, la bonne gouvernance intérieure, même à l'échelle continentale, n'est pas en soi gage de prospérité ni de sécurité, sans un corollaire offensif et dissuasif : En l'absence d'une souveraineté politique avérée, sinon authentique, un palliatif s'impose : agressivité militaire, technologique et économique ; une logique de guerre, avec peu d'ennemis possible : comme dans le livre "1984", l'ennemi sera un autre continent. La foule internationale des nations souveraines est moins dangereuse que cette confrontation - promiscuité de quelques géants monstrueux, sur une minuscule planète. Le corollaire du souverainisme, au contraire, c'est le respect sacré du droit international de la non agression et de la non ingérence.
Certains agitent la prétendue "mauvaise image de la France à l'étranger" (*) et dénoncent : "ces Français qui donnent la leçon au monde alors que de Terreurs en Bonapartismes, ils ont la vie publique la moins démocratique et la moins apaisée du monde occidental" (*). Il faut leur répondre qu'au prix douloureux de la désunion nationale, c'est encore une fois la France qui fait son travail d'accouchement (politique) de l'idéal.
Et qu'il faille commencer par brûler un peu quelques épouvantails bruxellois ne surprendra personne : du linge propre, et faîtes bouillir de l'eau - l'enfant arrive - et il se présente mal. Car c'est bien d'idéal dont il est question ici, puisqu'un vingtième siècle épuisé s'est sacrifié sur l'autel de la fin de l'histoire en nous promettant, bonheur suprême, qu'enfin il ne se passerait plus jamais rien, moyennant quelques concessions indolores à la liberté (c'est à dire : à la faculté) de penser.
Mais le sol et même le sous-sol est toujours là : les vieilles économies animales de la régulation (ces fameuses lois : de la jungle, du marché...) restent à l'oeuvre, et lors même que les foules humaines n'aspireraient plus à rien. En ce sens, c'est le film "Matrix" qui désigne notre pire cauchemar : monoculture industrielle généralisée des cocooning individuels, chacun absolument isolé et potentiellement relié à tous les autres. La culture n'a jamais été aussi proche de l'agriculture, depuis 100000 ans !
Mais revenons à l'idéal, c'est à dire à la transcendance. L'animal religieux veut manger l'Homme à la sauce de la déraison, et pas seulement en Europe, et il est aidé en cela par la faiblesse des rêves qu'on lui (propose) oppose. Car si la modernité décline astucieusement les rêves de désincarnation via par exemple la révolution numérique et celle des transports, ces rêves ne transcendent que l'animalité végétative (patates de canapés), et en aucun cas l'Humanité en proie aux morts passés et à venir. Or les églises mêmes les plus grossières promettent un au-delà et un surhumain qui échappent radicalement à nos sociétés civiles sidérées de leur renoncement originel.
L'Europe est un idéal de pacotille.
(* : vieilles lunes, tous media)
h t t p : / / w w w . r e n a u d b r a n d i . n e t